L’inconstestable engouement dont font l’objet les chemins de Saint-Jacques de Compostelle est un phénomène sociétal qui repose plus sur un mythe contemporain que sur l’Histoire avérée. Deux décisions politiques ont joué un rôle déterminant dans la propagation de ce mythe. Leur déclaration de premier Itinéraire Culturel Européen en 1987 et l’inscription du Camino francés au patrimoine mondial de l’Unesco en 1993,

Une bonne partie des légendes que transmet la très abondante littérature à propos des chemins de Saint-Jacques repose sur une carte, totalement fausse. Le présent travail, qui croise le regard d’une géographe et celui d’une médiéviste, cherche à montrer par l’image – à savoir la carte – comment un mythe peut devenir réalité.

 

De la carte (juste localisatrice) de Jeanne Vielliard traduisant sous le titre de Guide du pèlerin – une partie d’un manuscrit du XIIe siècle qu’aucun jacquet du Moyen-Âge n’a dû lire – à celle du topoguide de la FFRP qui draîne les pèlerins contemporains sur les voix pseudo-historiques, on glisse doucement de quelques points de localisation à des ébauches de tracés, puis au péremptoire de l’historiquement, mais faussement, correct.

 

Première carte figurant des tracés de chemins en France due à Francis Salet (1937). Cette carte de plus de 2m de haut était peinte sur un mur de la salle des monuments médiévaux au musée des Monuments français (Palais de Chaillot à Paris). Elle servit plus tard de base aux travaux de René de La Coste-Messelière pour établir la carte ci-dessous. Détruite dans l’incendie du musée à la fin des années 1990, il n’en reste qu’une mauvaise copie.

Carte de René de la Coste-Messelière et Claude Petitet, d’après les travaux des membres du Centre d’ Études Compostellanes (ed. 1967).