Chemins de Compostelle

Chemins de Compostelle

De l’origine du pèlerinage à la fin du XXe siècle, les pèlerins se rendant à Compostelle ont emprunté les chemins de tous les voyageurs. L’idée de l’existence de chemins de Compostelle historiques est née à la fin du XIXe siècle. Elle a orienté sur une fausse piste tous les travaux du XXe siècle dont la définition de l’Itinéraire culturel européen.

Chemins de pèlerins

Présentation d’itinéraires de pèlerins et d’extraits de leurs récits.

Le Puy et la via Podiensis

L'histoire racontée au Puy Depuis 1987, les chemins de Saint-Jacques sont Itinéraire Culturel Européen. Le Conseil de l’Europe leur a ainsi donné une notoriété plus grande qu’à aucune époque de l’histoire. Compostelle est devenue un symbole d’unité européenne vers...

Quand les fausses cartes font la loi

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Depuis quand parle-t-on de chemin de Saint-Jacques ?

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L’Europe couverte de chemins

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Le premier chemin tracé en France

Aujourd’hui, la ville du Puy occupe une place unique dans la pratique du pèlerinage à pied. Elle passe pour être le point de départ obligatoire pour Compostelle. Il n’est qu’à entendre certaines réflexions et questions, par exemple celles-ci : «Je pars du Puy, on ne...

L’action de la France

La naissance des chemins en France

Une idée née au XIXe siècle De l'édition d'un manuscrit du XIIe siècle L'idée de l'existence de chemins de Compostelle en France et au-delà est née de l'édition en 1882 du dernier Livre du Codex calixtinus. Ce Livre commence en effet par les mots " Quatre chemins...

Pourquoi les chemins ?

L’existence de  » chemins historiques  » a été imaginée à la fin du XIXe siècle. Cette idée a pris un poids exagéré par rapport à la réalité des itinéraires de pèlerins historiques. Depuis 1970 seulement des chemins ont été tracés en France pour les pèlerins contemporains. En Espagne, le Camino francés a été un chemin de peuplement, marqué par des villes franches créées pour l’expansion économique et non pour le pèlerinage.

La naissance des chemins en France

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Le Puy et la via Podiensis

L’histoire racontée au Puy

Depuis 1987, les chemins de Saint-Jacques sont Itinéraire Culturel Européen. Le Conseil de l’Europe leur a ainsi donné une notoriété plus grande qu’à aucune époque de l’histoire. Compostelle est devenue un symbole d’unité européenne vers lequel convergent chaque année des marcheurs venus de tous horizons par des chemins tracés pour eux dans les dernières décennies du XXe siècle. Les plus récents sont la via de la Plata qui vient du fond de l’Espagne rappelant un ancien itinéraire commercial et l’antique Via Regia qui joignait la Pologne à l’Allemagne prolongée maintenant jusqu’à Compostelle pour s’offrir aux pèlerins contemporains. Aujourd’hui la ville du Puy est mondialement connue comme « l’origine de la Via Podiensis vers Saint-Jacques-de-Compostelle ». Elle est pour 75% des pèlerins français le point de départ obligé. Le discours du site Internet de l’Office du Tourisme les y encourage. 

L’information de l’Office du tourisme

« Au XIe siècle, l’Evêque Gothescalk, qui passe pour être le premier pèlerin à s’être rendu à Saint-Jacques-de-Compostelle, décide d’associer plus étroitement la cité ponote et le sanctuaire espagnol. Pour renforcer cette volonté, il fit édifier en 962 une chapelle dédiée à Saint-Michel sur le rocher volcanique d’Aiguilhe. Au cours des siècles qui suivirent, le rayonnement du Puy-en-Velay ne fit que croître, attirant des millions de pèlerins venant se recueillir devant la statue de la Vierge Noire. Certains d’entre eux partaient ensuite pour un périple de plusieurs mois (1 600 km) vers le Finistère de la péninsule ibérique. C’est ce double mouvement qui constitue encore de nos jours la spécificité du sanctuaire vellave et de la route du Puy-en-Velay. Depuis décembre 1998, la cathédrale Notre-Dame du Puy, l’Hôtel-Dieu de la ville ainsi que sept tronçons du chemin entre le Puy-en-Velay et Ostabat sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. »

Des affirmations sans preuves

Peu versés dans l’histoire du pèlerinage et habitués à faire confiance, pèlerins et touristes acceptent ces propositions qui ne sont pourtant pas toutes d’égale valeur aux yeux de l’historien. Oui, le rayonnement médiéval du Puy est bien dû à la dévotion à la Vierge Noire qui a attiré des millions de pèlerins pendant des siècles (pour lesquels fut construit un nouvel hôtel-Dieu au XVe siècle). Mais, hormis quelques pèlerins pénitentiels, aucun pèlerin n’a laissé une trace permettant d’affirmer qu’il est ensuite allé à Compostelle. Oui, Le Puy peut s’enorgueillir d’avoir eu avec l’évêque Godescalc l’un des premiers grands personnages à faire le voyage de Compostelle en 951. Oui encore, ce même évêque a consacré la chapelle Saint-Michel l’Aiguilhe en 962. Mais aucun document n’autorise à établir un lien entre son voyage à Compostelle et l’édification de la chapelle. Est-ce pour faire mieux rêver ou mieux asseoir la renommée de la ville que l’histoire connue a été ainsi complétée par l’imagination ? L’historien respecte le silence des documents. D’autres les ont fait parler au bénéfice de la via Podiensis et de la ville du Puy. L’histoire inventée ayant été authentifiée par le Conseil de l’Europe puis par l’UNESCO il n’est pas étonnant de la retrouver sous toutes les plumes. En quelques décennies, elle a propulsé le sanctuaire marial du Puy au rang de ville-phare des chemins de Compostelle et des itinéraires Culturels Européens. Il existe pourtant une histoire vraie qui mérite d’être connue.

La route du Puy, dite Via Podiensis.

Cette histoire commence en 1866, lorsque Léopold Delisle, archiviste de la Bibliothèque Nationale à Paris trouve la mention suivante dans un manuscrit du Xe siècle (ms. lat. 2855) ayant appartenu à la cathédrale du Puy :

« … l’évêque Godescalc qui, pour faire oraison, quitta la région d’Aquitaine, en grande dévotion et accompagné d’une suite nombreuse, se rendit en hâte jusqu’aux confins de la Galice pour implorer humblement la miséricorde de Dieu et le suffrage de l’apôtre Jacques … Le très saint Godescalc a emporté ce petit livre d’Espagne en Aquitaine durant la saison d’hiver, au mois de janvier, alors que s’écoulait heureusement l’ère 989 (année 951) ».

Le voyage de Godescalc à Compostelle a donc bien eu lieu. Malheureusement aucune trace écrite ne permet d’en dire la raison. Une prière transcrite à la fin de ce même manuscrit explique que Godescalc est né le jour du martyre de saint Jacques et qu’il a reçu l’onction épiscopale à cette même date (25 juillet). Combien il est regrettable qu’il n’ait pas voué à saint Jacques sa chapelle de l’Aiguilhe ! Cette dévotion à saint Jacques justifie-t-elle un départ « en hâte » et en plein hiver ? Le manuscrit poursuit : « en ces mêmes jours mourut le roi de Galice, Ramire ». Godescalc n’est-il pas parti plutôt pour participer à la mise en place du nouveau roi, raison politique qui, à cette époque, n’exclut en rien une démarche simultanée de dévotion ? On sait que les relations entre la grande Aquitaine (qui incluait le Puy, rappelons-le) et la péninsule ibérique étaient régulières dès le Xe siècle. En 1866, les habitants du Puy avaient perdu depuis des siècles le souvenir de ce pèlerinage, même si le manuscrit avait été recopié au moins deux fois durant le Moyen Age. Léopold Delisle les informe dans un article publié dans une revue de Société Savante, les Annales de la Société académique du Puy. Cet article n’a ému que quelques savants locaux.

 L’indifférence de l’Eglise au XIXe

L’Eglise locale ne s’est pas souciée de ce passé retrouvé : en 1884 La Semaine Religieuse du diocèse du Puy ne consacre que quelques lignes à l’authentification des reliques de saint Jacques par le pape Léon XIII :

« A l’Espagne, dans le sanctuaire le plus glorieux, le plus vénéré, il (Léon XIII) a remis en honneur les reliques insignes de l’apôtre saint Jacques le Majeur et accordé le grand jubilé de pardon »

Ailleurs, plusieurs diocèses s’intéressent bien davantage à l’événement et publient intégralement la lettre papale recommandant d’annoncer cet événement pour qu’il « soit partout connu et que tous les chrétiens entreprennent les pieux pèlerinages à ce saint tombeau, comme nos ancêtres avaient coutume de le faire ». Cette coutume avait disparu du Puy.

Un évêque pèlerin pendant la guerre

Le silence dure jusqu’au 6 février 1940, date de la nomination d’un nouvel évêque, Mgr. Martin. Celui-ci fait figurer dans ses armoiries une coquille, « en souvenir du pèlerinage à pied à Compostelle qu’il avait accompli quand il était directeur des étudiants catholiques à Bordeaux », en 1935. Mgr. Martin connaissait le Guide du pèlerin, édité en latin en 1882 et quelque chanoine bibliothécaire a dû lui apprendre l’existence du pèlerinage de son lointain prédécesseur : les étoiles du 4e quartier de ses armoiries rappellent « la Voie Lactée ou chemin de Saint-Jacques qui unissait le Puy à Compostelle et traçait la route aux pèlerins ». Mais Mgr Martin arrive au Puy à une époque où il lui est impossible de créer des relations avec Compostelle. Cependant, comme l’a montré l’historien Michel Catala, ni la guerre civile ni la Seconde Guerre mondiale n’ont interrompu totalement les échanges entre la France et l’Espagne en particulier entre des groupes d’intellectuels catholiques.

Nommé archevêque de Rouen en 1948, Mgr Martin manifeste encore son intérêt pour Compostelle en devenant membre d’honneur de la Société des Amis de saint Jacques au côté de plusieurs de ces mêmes intellectuels. Ce sont eux qui organisent en 1951, alors que la frontière espagnole était encore fermée (elle ne fut rouverte qu’en 1953), la commémoration en Espagne du millénaire du pèlerinage de Godescalc au cours de plusieurs manifestations culturelles. En retour, en 1962 Le Puy célèbre avec faste le millénaire de la consécration de Saint-Michel l’Aiguilhe et invite son ancien évêque à la cérémonie présidée par le cardinal-archevêque de Compostelle. Celui-ci bénit des plaques commémoratives du pèlerinage à Saint-Jacques-des-Blats et sur l’Aubrac. Peut-être à la suite du succès de ces manifestations, le 18 février 1966, une délibération du conseil municipal donne le nom « rue de Compostelle » à la rue qui prolonge la rue Saint-Jacques et la rue des Capucins. Tout doucement entrait en gestation ce qui est maintenant appelé au Puy « le Saint-Jacques », comme on dit aussi « le Stevenson ».

Quand les fausses cartes font la loi

Quand les fausses cartes font la loi

L’inconstestable engouement dont font l’objet les chemins de Saint-Jacques de Compostelle est un phénomène sociétal qui repose plus sur un mythe contemporain que sur l’Histoire avérée. Deux décisions politiques ont joué un rôle déterminant dans la propagation de ce mythe. Leur déclaration de premier Itinéraire Culturel Européen en 1987 et l’inscription du Camino francés au patrimoine mondial de l’Unesco en 1993,

Une bonne partie des légendes que transmet la très abondante littérature à propos des chemins de Saint-Jacques repose sur une carte, totalement fausse. Le présent travail, qui croise le regard d’une géographe et celui d’une médiéviste, cherche à montrer par l’image – à savoir la carte – comment un mythe peut devenir réalité.

 

De la carte (juste localisatrice) de Jeanne Vielliard traduisant sous le titre de Guide du pèlerin – une partie d’un manuscrit du XIIe siècle qu’aucun jacquet du Moyen-Âge n’a dû lire – à celle du topoguide de la FFRP qui draîne les pèlerins contemporains sur les voix pseudo-historiques, on glisse doucement de quelques points de localisation à des ébauches de tracés, puis au péremptoire de l’historiquement, mais faussement, correct.

 

Première carte figurant des tracés de chemins en France due à Francis Salet (1937). Cette carte de plus de 2m de haut était peinte sur un mur de la salle des monuments médiévaux au musée des Monuments français (Palais de Chaillot à Paris). Elle servit plus tard de base aux travaux de René de La Coste-Messelière pour établir la carte ci-dessous. Détruite dans l’incendie du musée à la fin des années 1990, il n’en reste qu’une mauvaise copie.

Carte de René de la Coste-Messelière et Claude Petitet, d’après les travaux des membres du Centre d’ Études Compostellanes (ed. 1967).

Depuis quand parle-t-on de chemin de Saint-Jacques ?

Cette désignation est présente dans des textes littéraires et dans des documents montrant leur utilisation réelle. en voici des exemples, non exhaustifs.

Dans la littérature

La première mention provient indiscutablement du Pseudo-Turpin sous la forme : « le chemin formé d’étoiles » que l’on trouve dans la bouche de saint Jacques lorsqu’il indique à Charlemagne l’itinéraire à suivre pour venir délivrer son tombeau. Au XIIIe siècle, le poème de saint Julien dit : « Sur le chemin de Saint-Jacques firent une pauvre auberge entre le bois et le chemin où passe maint pèlerin. Ce pas estoit fort périlleux. Beaucoup d’hommes y sont morts car sur l’eau n’y avoit ni pont ni planche. Souvent pèlerins s’y noient ».
Au XIVe siècle, la chanson de geste L’Entrée d’Espagne, évoque la « sentelle du baron saint Jacques » que les chevaliers doivent aller élargir.

En 1491, l’archevêque de Toulouse Bernard du Rosier écrit :

« … Trois ans fut Charlemaigne en Espaigne. Et de l’or que lui donnerent les roys et les princes il augmenta l’eglise de monseigneur saint Jaques… Et du residu de l’or et de l’argent qu’il avoit aporté de Espaigne il fit faire les eglises qui ensuyvent c’est assavoir l’eglise Nostre Dame de Acquisgran et de sainct Jacques en icelle mesme ville. L’eglise aussi de saint Jaques en la cité Biterence, de saint Jacques e Thoulouze, de sainct Jaques en Gascongne entre la cité Daxe et Saint Jehan de Sordre au chemin de Saint Jacques. Celle aussi de saint Jaques e Paris entre Seine et le Mont des martirs et oultre cestes eglises abbayes innumerables par tout le monde  » .

En ce même XVe siècle, on pleure dans les chaumières foréziennes sur le sort de Jeannette qui préfère mourir avec son Pierre plutôt que vivre sans lui :

 » Se vous pendolas Pierre / Pendolas nos itot / Au chemin de saint Jacques / Enteras-no tos dos / Los pelerins que passent / En prendront quanque brot / Diront « Dio aye l’âme / Dous povres amoros ».

Dans la réalité

Compostelle ayant eu des possessions dans le Sud-Ouest, cette désignation semble pouvoir, mieux qu’ailleurs, désigner des  chemins ayant une relation avec le sanctuaire galicien. On trouve ainsi mention du « chemin de Saint-Jacques » en 1272 près de Bordeaux, en 1287 près de Gradignan, dans les Rôles Gascons.
Ailleurs, les mentions sont plus floues. Comment définir par exemple l’indication que donne l’évêque de Saint-Papoul (Aude), Pierre Soybert entre 1427 et 1451, à savoir que son diocèse « est au centre du Languedoc, sur le chemin de Saint-Jacques en Galice » ? La route qu’il indique est fort large et suppose que les pèlerins utilisent tous les chemins qui mènent de son diocèse à l’Espagne. Le problème est tout aussi complexe dans la région de Montpellier, traversée par les voyageurs venant du sud-est et se dirigeant vers l’Espagne. De fait, un « chemin de Saint-Jacques » est mentionné à Villeneuve-les-Maguelonne en 1139, partant de la cathédrale de Maguelonne par un chemin difficile qui longe la mer. De même une via publica Sancti Jacobi existe à Gigean en 1260, l’un et l’autre chemin pouvant mener certes à Compostelle mais tout simplement à l’hôpital Saint-Jacques de Montpellier situé au nord-ouest de la ville, dans le faubourg Saint-Jaumes. Ou encore à Mauguio à un prieuré Saint-Jacques ou Saint-Jaumes. Dans les villes situées plus au nord, le plus souvent, les « chemins de Saint-Jacques » mènent à une église ou une chapelle Saint-Jacques, lieu de pèlerinage local. Lieu de souvenir pour les anciens pèlerins où ils se plaisent à se remémorer leur longue marche ? Certainement. Substitut du grand Chemin ? Peut-être. Ou tout simplement désignation évidente du lieu où l’on va prier, sans penser à plus.

La vision grandiose de Raymond Oursel

Un site la Fondation David Parou Saint-Jacques.

Cette association de chercheurs indépendants renouvelle la vision traditionnelle de saint Jacques et Compostelle. Elle souhaite offrir à tous ceux qui prennent un chemin de Compostelle la possibilité de marcher les yeux ouverts sur l’histoire, les mythes et légendes de Compostelle.

La Fondation s’appuie sur les travaux de Denise Péricard-Méa, pèlerine de Compostelle en 1982, docteur en histoire, engagée dans la recherche par René de La Coste Messelière en 1983.

Son objectif est de faire mieux connaître saint Jacques et comprendre Compostelle. Elle réunit des chercheurs de plusieurs disciplines et prolonge jusqu’à l’époque contemporaine les recherches de .DEnise Péricard-Méa.  Elle a ainsi permis la publication par Bernard Gicquel de la seule traduction en français du Codex calixtinus. Ce manuscrit, base de la légende de Compostelle, est aussi à l’origine des chemins contemporains de Compostelle.

Les visiteurs qui ne l’ont pas lu trouveront ci-dessous deux pages extraites du livre de Raymond Oursel Pèlerins du Moyen Age,. En 1963, il n’avait pas entrevu la vocation politique du dernier Livre du Codex Calixtinus, devenu le Guide du pèlerin, mais il porte un regard lucide sur la manière dont sont redessinés les itinéraires routiers de son époque.

La vision grandiose de Raymond Oursel

Quatre pèlerinages aussi riches en grâces que Compostelle

Une extrême variété d’itinéraires était concédée au pèlerin de France, d’Allemagne ou d’Italie jusqu’à la traversée des Pyrénées. Hors la recension des «corps saints», qui s’accommode de bien des détours, le laconisme du Guide est total sur ce point, et son intention apparaît bien moins de définir des axes infrangibles, que d’étendre sur la surface du royaume franc, par une vision d’une poésie intense, et comme en raccourci, l’éventail sacré qui la balaiera toute.
II a bien choisi ses têtes de route, ou plus exactement, les sanctuaires qui doivent drainer sur chacun des parcours les pieuses caravanes. Rien ne serait cependant plus faux, encore une fois, que de considérer ces métropoles, ainsi, d’ailleurs, que toutes les églises de pèlerinage énumérées par le Guide, ou situées même hors des axes routiers de Compostelle, comme de simples centres de transit ou d’hébergement. Chacune d’elles s’offre en fait, à la fois comme un pôle puissant et attractif, et comme le nœud d’un rayonnement régional souvent très étendu, et que bien des signes expriment alentour. Sur elles convergent des écheveaux de routes et de chemins, vastes étoiles dont elles sont le centre lumineux, et c’est à elles, bien souvent, que s’arrêtera le pèlerinage, moins dispendieux peut-être, mais aussi riche, en bien des cas, de grâces spirituelles que le long cheminement d’Espagne.

Des historiens perplexes

Saint-Martin de Tours, la Madeleine de Vézelay, Notre-Dame du Puy et Saint-Gilles, ces quatre pèlerinages majeurs sont tous répartis à l’intérieur des limites du royaume de France, telles que les a déterminées depuis 843 le traité de Verdun. Une distance sensiblement équivalente les sépare à vol d’oiseau, de telle sorte que les branches de l’éventail soient elles-mêmes, à peu de chose près, équidistantes. La figure est émouvante de ces réseaux rayonnants qui, issus du nord, de l’est et du midi, s’en viennent fusionner en un seul à la voix de l’Apôtre, image de l’Eglise qui, des quatre vents, rameute les siens (Ezech., 37, 9), ou encore de cet éclair gigantesque qui, parti de l’Orient, embrasera jusqu’au couchant la voûte du ciel, signe du Fils de l’Homme redescendu sur la terre pour y juger les vivants et les morts (Matt.J 24, 27). Si clair est le propos du rédacteur visionnaire qu’il n’hésite pas à recommander aux pèlerins de Saint-GilIes ou de Saint-Martin, après avoir accompli leurs dévotions aux tombeaux de ces confesseurs, de rebrousser chemin pour visiter les sanctuaires d’ArIes et d’Orléans, que la plupart avaient préalablement rencontrés sur leur route ! Le long de chaque itinéraire, les seuls jalons que le Guide assigne sont, on l’a dit, ceux des «corps saints» dont il conseille le pèlerinage, et que bien des lieues, parfois, séparent. Libre à chacun, dans l’intervalIe, d’organiser ses étapes et les détours que sa ferveur ou sa fantaisie lui suggère ! Ces incertitudes, les graves lacunes constatées, le défaut de toute indication topographique ou routière, même sur le parcours poitevin et aquitain que l’auteur connaît et pratiqua en personne, ont laissé les historiens perplexes.

Des itinéraires qui risquent d’être arbitraires

L’on s’est, à grand labeur, ingénié à porter sur la carte de France les beaux faisceaux des routes jacobites ; le modèle du genre demeure la carte admirable, et puissamment évocatrice, qu’en 1937 a brossée le Musée des Monuments Français. Fondée, au premier chef, sur les enseignements du Guide elle a pour unique défaut de ne pas distinguer sans ambiguïté les seules étapes que cet instrument permet de pointer, et qui sont rares, de toutes celles que l’érudition s’efforce de reconstituer sur ces parcours ou à leurs côtés. II en résulte un réseau serré, fouillé certes et harmonieux, bien fourni de relais de toute nature, sanctuaires figurés par des châsses, ou hôtelIeries représentées par de petits portails ; cependant, les lignes continues qui relient ce foisonnement de lieux consacrés ou célèbres et prétendent restituer les parcours intermédiaires risquent en plus d’un cas d’apparaître quelque peu gratuites et arbitraires. 

Pèlerins du Moyen Age, Paris, Fayard, 1ére éd. 1963,(éd. 1978, pages 168-169)

L’Europe couverte de chemins

L’Europe couverte de chemins

En Espagne, l’intérêt de promouvoir Compostelle est très vite apparu après la fin de la guerre. En 1948, dans le discours qu’il prononça le 25 juillet à Compostelle, le général Franco exprimait le voeu que « les chemins de Compostelle s’ouvrent au-delà du rideau de fer ».  Dès 1950, des intellectuels français hispanisants créaient à Paris une association française qui a joué un rôle moteur pour la promotion de Compostelle. Elle a suscité la création d’associations similaires en Europe et a su les mobiliser pour appuyer la demande de l’Espagne au Conseil de l’Europe et aboutir à la décision de 1987.

En 1996 est paru un joli livre, au titre trompeur de Guide européen des chemins de Compostelle. llustré de jolies photos, édité par un grand éditeur parisien, imprudemment ou complaisamment préfacé par un ancien archevêque de Compostelle et par un haut fonctionnaire du Conseil de l’Europe, soutenu  par une  association qui n’en était pas une. Tous les ingrédients étaient réunis pour faire un succès de librairie d’un ouvrage au demeurant  au titre trompeur puisqu’il s’agissait d’un guide pour automobilistes.

 

Carte des chemins en Europe diffusée à partir des années 1990

Carte des chemins en Europe diffusée à partir des années 1990