Un site la Fondation David Parou Saint-Jacques.

Cette association de chercheurs indépendants renouvelle la vision traditionnelle de saint Jacques et Compostelle. Elle souhaite offrir à tous ceux qui prennent un chemin de Compostelle la possibilité de marcher les yeux ouverts sur l’histoire, les mythes et légendes de Compostelle.

La Fondation s’appuie sur les travaux de Denise Péricard-Méa, pèlerine de Compostelle en 1982, docteur en histoire, engagée dans la recherche par René de La Coste Messelière en 1983.

Son objectif est de faire mieux connaître saint Jacques et comprendre Compostelle. Elle réunit des chercheurs de plusieurs disciplines et prolonge jusqu’à l’époque contemporaine les recherches de .DEnise Péricard-Méa.  Elle a ainsi permis la publication par Bernard Gicquel de la seule traduction en français du Codex calixtinus. Ce manuscrit, base de la légende de Compostelle, est aussi à l’origine des chemins contemporains de Compostelle.

Les visiteurs qui ne l’ont pas lu trouveront ci-dessous deux pages extraites du livre de Raymond Oursel Pèlerins du Moyen Age,. En 1963, il n’avait pas entrevu la vocation politique du dernier Livre du Codex Calixtinus, devenu le Guide du pèlerin, mais il porte un regard lucide sur la manière dont sont redessinés les itinéraires routiers de son époque.

La vision grandiose de Raymond Oursel

Quatre pèlerinages aussi riches en grâces que Compostelle

Une extrême variété d’itinéraires était concédée au pèlerin de France, d’Allemagne ou d’Italie jusqu’à la traversée des Pyrénées. Hors la recension des «corps saints», qui s’accommode de bien des détours, le laconisme du Guide est total sur ce point, et son intention apparaît bien moins de définir des axes infrangibles, que d’étendre sur la surface du royaume franc, par une vision d’une poésie intense, et comme en raccourci, l’éventail sacré qui la balaiera toute.
II a bien choisi ses têtes de route, ou plus exactement, les sanctuaires qui doivent drainer sur chacun des parcours les pieuses caravanes. Rien ne serait cependant plus faux, encore une fois, que de considérer ces métropoles, ainsi, d’ailleurs, que toutes les églises de pèlerinage énumérées par le Guide, ou situées même hors des axes routiers de Compostelle, comme de simples centres de transit ou d’hébergement. Chacune d’elles s’offre en fait, à la fois comme un pôle puissant et attractif, et comme le nœud d’un rayonnement régional souvent très étendu, et que bien des signes expriment alentour. Sur elles convergent des écheveaux de routes et de chemins, vastes étoiles dont elles sont le centre lumineux, et c’est à elles, bien souvent, que s’arrêtera le pèlerinage, moins dispendieux peut-être, mais aussi riche, en bien des cas, de grâces spirituelles que le long cheminement d’Espagne.

Des historiens perplexes

Saint-Martin de Tours, la Madeleine de Vézelay, Notre-Dame du Puy et Saint-Gilles, ces quatre pèlerinages majeurs sont tous répartis à l’intérieur des limites du royaume de France, telles que les a déterminées depuis 843 le traité de Verdun. Une distance sensiblement équivalente les sépare à vol d’oiseau, de telle sorte que les branches de l’éventail soient elles-mêmes, à peu de chose près, équidistantes. La figure est émouvante de ces réseaux rayonnants qui, issus du nord, de l’est et du midi, s’en viennent fusionner en un seul à la voix de l’Apôtre, image de l’Eglise qui, des quatre vents, rameute les siens (Ezech., 37, 9), ou encore de cet éclair gigantesque qui, parti de l’Orient, embrasera jusqu’au couchant la voûte du ciel, signe du Fils de l’Homme redescendu sur la terre pour y juger les vivants et les morts (Matt.J 24, 27). Si clair est le propos du rédacteur visionnaire qu’il n’hésite pas à recommander aux pèlerins de Saint-GilIes ou de Saint-Martin, après avoir accompli leurs dévotions aux tombeaux de ces confesseurs, de rebrousser chemin pour visiter les sanctuaires d’ArIes et d’Orléans, que la plupart avaient préalablement rencontrés sur leur route ! Le long de chaque itinéraire, les seuls jalons que le Guide assigne sont, on l’a dit, ceux des «corps saints» dont il conseille le pèlerinage, et que bien des lieues, parfois, séparent. Libre à chacun, dans l’intervalIe, d’organiser ses étapes et les détours que sa ferveur ou sa fantaisie lui suggère ! Ces incertitudes, les graves lacunes constatées, le défaut de toute indication topographique ou routière, même sur le parcours poitevin et aquitain que l’auteur connaît et pratiqua en personne, ont laissé les historiens perplexes.

Des itinéraires qui risquent d’être arbitraires

L’on s’est, à grand labeur, ingénié à porter sur la carte de France les beaux faisceaux des routes jacobites ; le modèle du genre demeure la carte admirable, et puissamment évocatrice, qu’en 1937 a brossée le Musée des Monuments Français. Fondée, au premier chef, sur les enseignements du Guide elle a pour unique défaut de ne pas distinguer sans ambiguïté les seules étapes que cet instrument permet de pointer, et qui sont rares, de toutes celles que l’érudition s’efforce de reconstituer sur ces parcours ou à leurs côtés. II en résulte un réseau serré, fouillé certes et harmonieux, bien fourni de relais de toute nature, sanctuaires figurés par des châsses, ou hôtelIeries représentées par de petits portails ; cependant, les lignes continues qui relient ce foisonnement de lieux consacrés ou célèbres et prétendent restituer les parcours intermédiaires risquent en plus d’un cas d’apparaître quelque peu gratuites et arbitraires. 

Pèlerins du Moyen Age, Paris, Fayard, 1ére éd. 1963,(éd. 1978, pages 168-169)